Comment affronter le post-confinement? Comment envisager la vie avec cette « nouvelle normalité »?

INTRO

La crise sanitaire liée au Covid-19 a obligé la plupart des pays du monde à prendre des mesures drastiques pour tenter de freiner la propagation du virus.

Le gouvernement espagnol a déclaré l’état d’alarme le vendredi 13 mars 2020. Celui-ci visait la fermeture de tous les lieux accueillants du public ainsi que la limitation des déplacements de la population. Ainsi, depuis le 13 mars et ce pour notre bien, nous n’avons plus été libres de nos mouvements.

Tandis que Barcelone est entrée en phase 1 de déconfinement lundi 25 mai et s’apprête à entrer en phase 2 le lundi 8 juin, une multitude d’interrogations demeures pour tout un chacun concernant la suite.

Comment affronter le déconfinement ?

Comment envisager la vie avec cette « nouvelle normalité » et ce virus ?

Comment allons-nous vivre dans les prochains mois ?

Entre envie et peur de sortir nous sommes soumis à des vécus bien parfois contradictoires et bien particulier.

Afin de mieux envisager la suite, je vais vous faire voyager dans le temps pour se remémorer les grandes pandémies que le monde a connues. Je vais également tenter de détailler ce que le confinement a dû mobiliser chez vous sur le plan psychique et enfin, vous parler du déconfinement et de l’alternance entre joie et peur de sortir.

1) LES GRANDES PANDÉMIES

a) LA PESTE NOIRE : 1348

En quatre ans, la maladie fait 7 millions de victimes dans l’Hexagone et 25 millions en Europe, soit 41% de la population de l’époque qui comptait 17 millions de Français. La peste noire se manifestait par une fièvre brutale, entraînant des crises de délire, maux de tête et vomissements, avant que des pustules ne se forment sur la peau et se nécrosent. La peste noire était d’une fulgurance terrible. Un malade pouvait mourir, quelques jours seulement après avoir développé les premiers symptômes.

Quel changement culturel ?

Alors qu’avant cette pandémie le servage existait, après la peste où il a eu tellement de morts, les paysans étant devenus très peu nombreux car tous morts de la peste, se sont fait payer pour leur travail. C’est devenu un métier et non un servage. Ceci a donc amené un changement de culture.

Le souvenir des épidémies de peste a marqué le langage courant puisqu’on dit « je n’ai pas la peste« , « je ne suis pas un pestiféré » pour parler du fait que l’autre ne s’approche pas.

b) LA GRIPPE ESPAGNOLE

Elle s’est répandue dans le monde en 1918 et était due à la souche H1N1 de la grippe, comme celle de l’épidémie de 2010.

Elle prit le nom de grippe espagnole car l’Espagne, seul pays non impliqué dans la guerre, fut le seul pays à publier librement les informations liées à cette pandémie. Elle a fait de 20 à 50 millions de morts selon l’Institut Pasteur, et peut-être jusqu’à 100 millions selon certaines réévaluations récentes, soit 2,5 à 5 % de la population mondiale.

c) LA GRIPPE ASIATIQUE ET LA GRIPPE DE HONG-KONG

  • Deux grippes particulièrement ravageuses ont traversé le monde mais de manière plus discrète sur le plan médiatique : la grippe asiatique en 1958 (grippe A H2N2) qui a fait 1.1 millions de morts et celle de Hong-Kong en 1968 (grippe A H2N2 et H3N3) qui également fait 1 million de morts.

Les grippes de 1958 et de 1968 montrent que leur puissance médiatique n’a pas été la même que pour le coronavirus qui lui a fait jusqu’à ce jour 392 000 décès dans le monde. Si vous demandez à quelqu’un de cette génération de vous dire s’il s’en souvient, la réponse est souvent non. On peut aussi voir que s’il n’y avait pas eu de confinement comme ça a été le cas pour ces deux grippes, le coronavirus aurait surement fait beaucoup plus de morts.

Non lié à une pandémie mais à une catastrophe qu’à connu le monde, un changement culturel a eu lieu après la seconde guerre mondiale. En effet, la France a vu naître la Sécurité Sociale et un système de retraite par répartition.

« L’évolution humaine ne se fait que par crises », « Après le trauma, on est obligé de découvrir de nouvelles règles, de nouvelles manières de vivre ensemble » Boris Cyrulnik

2) CE QUE LE CONFINEMENT A MOBILISE CHEZ NOUS

a) PHASE DE SIDÉRATION

Au début d’un traumatisme, on est toujours sidéré, hébété, comme par exemple en ne prenant pas la mesure de l’ampleur de ce qui allait nous attendre, se disant que ça allait durer 15 jours comme l’avait annoncé la fermeture des écoles dans un premier temps. L’immobilisme lié à la sidération est également présent dans la première phase. On croule sous les informations et la résistance est longue à se mettre en place.

b) PHASE DE SURVIE

La peur la vraie, la peur de la mort (≠l’angoisse qui n’a pas d’objet) et de cet ennemi invisible qui tue qu’est le virus. Nous confronte à notre réalité d’être mortel : très douloureux, ce refoulement ne peut plus être présent. Pour contrer cette peur on est dans l’action dans cette phase pour avoir l’impression de maîtriser quelque-chose (ex : les achats dans les supermarchés)

c) PHASE DE SÉCURITÉ ET D’ACCEPTATION

On s’organise face à ce changement de quotidien, on prend de nouvelles habitudes, de nouvelles routines. Une fois la sidération passée on peut expérimenter de nouvelles façons de vivre.

d) PHASE DE TRANSFORMATION

De nouvelles idées qui vous seraient venues sur la façon de vivre avec des envies de changement dans votre vie (style de mode de vie par exemple, changement professionnel…).

e) PHASE DE LASSITUDE

Au cours de cette phase, on retrouve l’envie que cela s’arrête et l’impression de ne plus y arriver, souvent au moment où le déconfinement commence et où le confinement s’ouvre (sortie possible pour faire du sport par exemple). Même s’il est à présent organisé, la lassitude de ce quotidien se fait ressentir, ainsi que l’ennui et la tristesse de notre quotidien d’avant perdu, et pour certain la perte de goût en la vie peut aussi faire partie de cette phase.

f) L’ANNONCE DU DECONFINEMENT

L’annonce du déconfinement peut aller de pair avec la peur de sortir de chez soi. En effet, l’extérieur a été présenté comme dangereux pour la vie pendant toutes les semaines précédentes, et retourner dehors n’est pas si simple. Certes nous avons à présent le droit de sortir, mais le virus est bel et bien toujours là. La peur de la contamination et la peur de l’autre, ennemi invisible va alors surgir pendant cette phase.

La contrainte est sécurisante, c’est l’inconnu qui est angoissant. On dit aux gens : «Si vous sortez avec des précautions, si vous restez chez vous, si vous vous lavez les mains, si vous éternuez dans votre coude, etc., vous augmentez vos chances de survie.» On vous donne donc un code de survie. Les gens vont s’appliquer à le respecter et ça va créer en eux l’espoir de survie. Le confinement a donc pu rassurer, et c’est le déconfinement qui va être plus angoissant.

Comme c’est l’inconnu qui est anxiogène, le déconfinement étant une nouvelle façon de vivre, celui-ci peut susciter beaucoup d’angoisses.

Le confinement en Espagne a été le plus restrictif de nos libertés d’Europe et donc le plus difficile pour nous, êtres sociaux que nous sommes. Le confinement a été total pour les enfants et les adultes, qui n’ont eu le droit de sortir que pour aller chercher des aliments pendant 8 semaines. La peur d’être contaminée qui a été très médiatisée, nous a « aidé » à rester enfermés chez nous. Sans elle nous serions surement sortis, ou davantage.

Ce virus nous a imposé ce qu’il y a de plus difficile pour nous être humain : la privation de tout contact avec l’autre.

L’état Espagnol a utilisé la police pour faire respecter le confinement et les interdits qui y sont liés. Ces interdits nous ont renvoyé à notre statut d’enfant et amené une régression plus ou moins difficile à tolérer. Pour les parents, cela a été compliqué également de se retrouver au même niveau que leurs enfants, sans différence des générations pour les restrictions dont ils étaient victimes, « tous dans le même bateau ».

A présent que le confinement s’ouvre petit à petit et que nous retrouvons nos libertés, c’est le flou dans les règles qui sème parfois le trouble et plonge la population dans l’insécurité et incertitude renvoyant à nouveau à un parent qui poserait à son enfant des règles peu claires.

Des études ont été faites dans des écoles pour savoir à quoi était du des meilleurs résultats académiques : ce n’est pas dû à la sévérité des encadrants mais à la clarté des consignes et des règles.

Enfin, la sortie du confinement peut s’avérer tout aussi difficile que l’entrée avec diverses angoisses : phobie de l’autre et du toucher, sensation d’un ennemi invisible… Un nouveau mot est apparu : « déconfinophobe ».

Le déconfinement, c’est un peu une naissance, c’est comme sortir du ventre maternel après plusieurs mois au chaud. Le bruit, la lumière, les gens sont autant de sur-stimulation que vous n’aviez plus ces derniers temps, et que vous n’aviez pas envie de revivre.

La peur du virus, qui en effet sera bel et bien toujours là à notre sortie, se mélange à la peur de l’autre en général avec ce qu’il a de différent et d’étranger à nous car « L’autre n’est pas moi ». Le Covid-19 sert alors de support à cette peur qui existe depuis la nuit des temps. Ceci est renforcé par le fait que le virus est invisible et que l’autre devient potentiellement un ennemi car assimilé au virus dont il serait porteur.

« Comme si l’épidémie de la peur avait pris plus de place que la peur de l’épidémie » H. Romano

3) LA PEUR ET L’ANGOISSE

La peur est une réaction indispensable qui est un signal d’alerte face à une situation potentielle de danger. Elle est donc une réaction de survie. La peur comporte un objet réel, identifiable, au contraire de l’angoisse.

L’angoisse, quant à elle, serait un signal mis en action par le Moi devant une situation de danger de façon à éviter d’être débordé par l’afflux des excitations (Freud S., Inhibition, symptômes et angoisse, 1926). L’angoisse est diffuse, et liée à la peur d’une menace imminente, devant un danger indéterminé.

Comme décrit plus haut, après deux mois de déconfinement, il est presque normal et légitime d’être traversé par des peurs. Certaines sont rationnelles, et vous pouvez les partager avec les autres, d’autres sont le fruit de nos propres peurs, souvent venues de l’enfance, et qui resurgissent à cette occasion de la pandémie.

Si vous vous sentez envahie par vos peurs, n’hésitez pas à consulter et à en parler.

Regardez la conférence en live sur ce thème ici.

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